Le criquet de fer : La chute de Brifa

"Qu'es-tu, Brifa ? Plaie de boue, palpitations de boue d'un coeur poussiéreux qui dérive. Tu es l'aile des villages, Brifa ! Un nuage étiré de poussière qui effleure timidement la plaine et s'agglutine en maisons autour d'une source invisible de terre et de fatigue. Es-tu vraiment un village ou n'es-tu que le cliquetis de l'obscurité quand elle fit port pour la première fois et mit en germe la solitude ? Brifa d'épouvante ! Comme si tu t'étais vu par surprise au miroir des villages et que tu avais aperçu un fantôme sans pieds, un fantôme qui rampe entre caroubiers et feuilles de laurier et qui tend les mains, en une dernière exhortation, vers un inconnu qui conduit ses vanités comme des taureaux, sans se retourner... Hé, Brifa ! Tu n'es qu'un fantôme de village, fenêtre de terre ouvrant sur la terre. Personne n'aurait connu ton existence n'eût été Boghi, ce géant que la légende créa et qui créa la légende. Nous n'avons pas connu Boghi qu'on appelait "le Brifien". Nous, les enfants, ne l'avons pas connu. Mais nous avons vu son tombeau au sommet de la colline de Mozane."

Le Criquet de fer, Salim Barakat, trad. François Zabbal, Actes Sud.

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