Epilogue : (suivra la fin de l'enfance, récit qui reste à écrire)

"Que dire encore de plus ?

Faut-il raconter Toussi, la chienne noire qui n'épargnait aucun poulailler, dérobant ici un oeuf, là un poussin ? Sa noyade dans la mare de Mossissana, le corps criblé de plomb ?

L'oiseau qui n'avait qu'une patte, l'oiseau tragique qui disputait aux poules leurs grains et qu'elles piquaient de leur bec ? Il s'éloignait, guettant l'occasion de voler sa nourriture amère. Je le capturai après une longue traque et je plumai ses ailes pour le jeter aux poules qui le mirent à mort en le piquant à tour de rôle.

Les frères de Chaker, le portefaix, qui transformèrent les noces de Bahram en boucherie parce que leur frère voulait épouser la mariée ? L'assassinat du marié et de six invités, le rapt de la jeune fille et son viol sous les youyous des femmes qui savouraient leur revanche parce que ses parents l'avaient refusée à Chaker ?

Handar qui avait traversé la frontière avec trente hommes à cheval pour tirer Afdi de sa maison et le traîner jusqu'en Turquie ? Les cris de Afdi et ses hurlements ? Les gendarmes endormis et les gardes frontière incapables de remuer le petit doigt mais tombant à bras raccourcis sur l'enfant du pays qui insultait l'enfant bédouin, ou sur le Kurde qui osait se déclarer kurde ?

Chawer, perpétuellement ivre, jour e tnuit posté devant les portes du cinéma, proposant des paris pour un paquet de Pall Mall ? Stifo qui traversait les rues torse nu avec, sur le dos, en grandes lettres, le mot "Tarzan" ?

Habsono l'idiot ? Les portefaix le violèrent à tour de rôle, en plein jour, devant une foule d'enfants qui revenaient de l'école.

La célèbre Golissar, matrone des prostituées officielles, pour qui les imams ne voulurent aps réciter la prière des morts et que les cimetières chrétiens refusèrent d'accueillir, si bien qu'elle fut enterrée dans un terrain privé, solitaire après des années d'une gloire impériale ?

Le mollah Ahmad, imam de la petite mosquée, la deuxième de la ville, qui savait si bien expédier le prêche et la prière de vendredi ? Et le muezzin Abdel Rahman qui fut aperçu bien des fois sortant de son habit des magazines pleins de femmes nues ? Mahmoud le soufi qui accepta, contre paiement, que son taureau couvre la moitié des vaches de la terre ? Darij qui paria sa femme au jeu un soir qu'il avait tout perdu ? Ses beaux-frères le lacérèrent de leurs couteaux et il vécut par la suite avec une seule jambe, une main paralysée et une oreille en moins. Le quartier juif et l'obscur frayeur qu'il nous inspirait ? La colline de Qoulo qui respirait la nuit, et le jour les silhouettes simiesques dans la plaine de Maayrika ?

Les chiens aux têtes d'hommes dans le cimetière Inias ? Les Gitans campant dans les carrières de pierre au sud de la ville et leurs femmes ? Chaque fois que l'on passait par là et qu'on entendait un cri, il y en avait une qu'on apercevait couchée, à moitié nue, sous un étranger.

Oussi le vieillard qui faisait le tour des quartiers, vendant les glaces qu'il portait sur son dos dans une caisse en bois ? Et la poussière éternelle et les éclairs du Nord, ô enfant ?

Et tu nous as réveillés pour conter cette farce !

(A suivre, par ce qui n'aura pas de suite)

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