Coup de coeur du mois : Silent City






Le dernier album de Kayhan Kalhor se veut une commémoration, avec son morceau éponyme de 29 minutes, de la tragédie de Halabja, survenue 20 ans auparavant. Le CD a été enregistré sous le label World Village, avec le quatuor à cordes américain Brooklyn Rider.

Né en 1963 à Téhéran, Kayhan Kalhor est originaire de la ville kurde de Kermansha. Il étudie le kementché dès l’âge de7 ans et se produit, à 13 ans, avec l’orchestre de la radio et de télévision nationale iranienne. Après la Révolution islamique, il quitte l’Iran pour étudier la composition musicale dans plusieurs pays occidentaux, notamment à l’université Carleton à Ottawa. Il a enregistré seul ou avec d’autres artistes de renommée mondiale, le Kurde Ali Akbar Moradi, le célèbre joueur indien Shujaat Hussein Khan ou le Turc Erdal Erzincan. Il a composé pour Mohammad Shajarian ou Shahram Nazeri, les deux grands maîtres de la musique iranienne. Il s’est produit avec le New York Philharmonic Orchestra, au Mostly Mozart Festival et à Carnegie Hall. Trois de ses albums ont été nominés aux GRAMMY® Awards
Sa rencontre avec les membres du Brooklyn Rider Quartet, - Colin Jacobsen et Jonathan Gandelsman (violon), Nicholas Cords (alto) et Eric Jacobsen (violoncelle) - date de 2000, alors qu’ils participaient au projet Route de la Soie, lancé par le violoncelliste Yo Yo Ma. « Silent City » est le résultat de 8 années d’apprentissage et d’expérimentation », explique Nicholas au New York Times. Les musiciens occidentaux ont par exemple dû travailler sur l’improvisation autour d’une mélodie, ou adapter leurs tonalités aux modes musicaux d’Iran. De son côté, Kayhan Kalhor, qui a étudié la musique classique occidentale, a intégré des techniques (comme les pizzicati) qui ne sont habituellement pas utilisées dans la musique traditionnelle iranienne.
Le premier morceau du CD, « Ascendant Bird », mêle une mélodie traditionnelle et des improvisations, autour d’un ancien conte zoroastrien relatant l’histoire d’un oiseau volant trop près du soleil, conte repris dans le 3ème morceau « Parvaz » une composition de Kayhan Kalhour qui joue à la fois du kementché et du setar.
« Bien-Aimée, ne me décourage pas », composé par Colin Jacobsen, emprunte son titre au poète Fuzulî (16ème siècle), relatant la célèbre légende de Majnoun et Layla.
Quant à la composition « Silent City », elle est jugée comme la plus prenante, se voulant une « calme, méditative déploration sur le destin de la ville kurde de Halabja » et ses milliers de victimes. La musique, qui laisse une grande place à l’improvisation, mêle des mélodies kurdes et turques dans un rythme élégiaque mais qui, selon Kayhan Kalhor, veut exprimer le triomphe final de la vie et de l’espoir sur l’obscurité et le désespoir.
Silent City, Kayhan Kahlur & The Brooklyn Rider Quartet.

Commentaires

Posts les plus consultés de ce blog

Manuel de Soureth ou comment apprendre la langue des anges

Le syriaque, langue d'Abraham, des soufis et des Anges

L'alimentation kurde comparée à celles des autres communautés du Kurdistan : Arméniens, Assyro-Chaldéens et Juifs