Massoud Barzani : "A Khanaqin, l'armée irakienne s'est comportée comme sous l'ancien régime"

Résumé des épisodes du mois dernier :

Les incidents de Khanaqin ont failli voir s'affronter les troupes irakiennes venues réinvestir cette région kurde hors GRK. Les Peshmergas, qui se sont d'abord retirés, sont revenus devant le comportement très "ancien régime" de ces troupes arabes, à la demande des Kurdes locaux mécontents de voir revenir les clones des "soldats de Saddam".

Un accord (provisoire ?) a été finalement trouvé, qui remet les choses en leur état antérieur, les Irakiens quittant Khanaqin. et les Peshmerga s'y résintallant. Quelques jours auparavant, dans une interview donnée à Asharq al-Awsat, le président kurde Massoud Barzani, tout juste de retour de Bagdad, avait fait le point sur les différents entre les Kurdes et les Arabes en Irak, notamment après une violente campagne dans la presse arabe, (d'Irak et d'ailleurs) qui appelait à supprimer toute autonomie kurde, revenant même sur les accords passés avec Saddam Hussein lors de sa prise de pouvoir.

Khanaqin est une des régions retirées au Kurdistan par Saddam dans son réaménagement des districts, qui est peuplé majoritairement de Kurdes et qui doit faire l'objet d'un référendum selon l'article 140 de la Constitution. .


Q : Pensez-vous que le gouvernement fédéral de Bagdad vous considère comme des partenaires dans ce gouvernement ?

Barzani: C'est le problème majeur. Lors de ma récente visite à Bagdad, j'ai insisté sur ce point. Nous leur avons demandé : Sommes-nous partenaires ou non ? Si vous nous considérez comme vos partenaires, alors le problème se pose de cette façon ; si vous ne le faites pas, alors il se pose différemment. Ils ont assuré que nous étions partenaires. Cependant, dans la réalité et en pratique, j'en doute.

Q: Vous-même, vous sentez-vous partenaire de ce gouvernement fédéral ?

Barzani: C'est un gouvernement de coalition et nous en sommes partenaires. Mais ce gouvernement agit de façon étrange. Nous sommes partenaires mais nous n'avons aucune rôle dans le gouvernement. Nous ne sommes pas partenaires sur les questions de sécurité, d'économie et les questions militaires, et nous ne sommes pas du tout informés sur ces institutions.

Q: En parlez-vous ouvertement avec Bagdad ? Ce qui se produit, c'est qu'après les rencontres avec le gouvernement fédéral, des propos optimistes sont tenus, mais que par la suite, c'est l'inverse qui se produit.

Barzani: Lors de ma récente visite, nous avons obtenu de bons accords et les moyens de les appliquer. Nous avions un programme dans lequel nous nous accordions avec le gouvernement de Bagdad. Mais lorsque nous sommes retournés dans la Région du Kurdistan region, tout ce sur quoi nous nous sommes mis d'accord a été ignoré et marginalisé. Cet état de chose ne sert pas ni notre coalition ni l'Irak ni le futur de l'Irak. Tout devrait être accompli sur les principes de l'entente et du partenariat. C'est le seul moyen de construire le nouvel Irak. Les conséquences d'une autorité de monopole sont bien connues. Cette situation ne peut amener aucun résultat bénéfique pour l'Irak.

Q: Après cinq ans de gouvernement et avant cela tant d'années d'action politique commune dans l'opposition, où les buts et les moyens ont fait l'objet d'accords lors de la conférence de Londres en 2001, que fait le gouvernement fédéral et qu'avez-vous obtenu ?

Barzani: A dire vrai, c'est une question troublante. Nous ne souhaitons rien en dehors de la constitution et nous ne voulons rien de plus que ce que la constitution nous donne. Nous ne voulons rien de plus que sur quoi nous nous sommes entendus et qui est dans la contsitution. La constitution a été acceptée par la majorité du peuple irakien et elle établit des droits et des devoirs. Dans la Région du Kurdistan nous appliquons très exactement les articles de cette constitution. Nous ne demandons rien de plus. Cela comprend l'Article 140 (concernant la question de Kirkouk et des autres régions disputées). Le respect de la constitution est la garantie que sera préservée l'unité de l'Iraq. Il garantit la sécurité et la stabilité de l'Irak et un avenir prospère pour le peuple irakien. Ainsi, (dans ces questions) la constitution est juge et ne pas s'y conformer ne peut amener qu'au désastre.

Q: Pensez-vous que les Kurdes à Bagdad - je veux dire le président Jalal Talabani, le vice-premier ministre Barham Salih, et même les Kurdes membres du parlement - peuvent intervenir dans les prises de décision politiques ou concernant la sécurité ?

Barzani: Le président Talabani joue sans aucun doute un rôle majeur dans le provessus politique, mais en tant que monsieur Talabani. Comme président de la République, cependant, il n'a pas de pouvoirs et d'ailleurs nous ignorons comment ces pouvoirs sont répartis. Il constitue un point de rassemblement pour beaucoup de factions politiques et d'entités en Irak Par ailleurs, la présidence de la République, le Premier ministre, le porte-parole du Parlement et les ministres ont des pouvoirs spécifiques, mais ils sont très souvent ignorés ou écartés.

Q: Pensez-vousd que le gouvernement de Bagdad se comporte encore comme le "puissant" frère envers on frère plus faible ?

Barzani: Malheureusement, il semble que nous sommes encore sous l'influence du régime totalitaire. Celui qui a le pouvoir pense qu'il doit avoir le dernier mot en tout et qu'il a le droit de prendre des décisions sans consulter les autres. Il oublie les coalitions, les accords et la constitution.

Q: Des média en et hors de l'Irak sont très critiques envers les Kurdes de ce pays. Êtes-vous au courant de leurs propos ?

Barzani: C'est très vrai. Nous le ressentons et cela constitue une grave danger. Cela fait aprtie des injustices dont nous avons souffert et que nous continuons d'endurer. Les media essaient de gauchir l'image des Kurdes. Pourtant, nous sommes loyaux. Le rôle tenu par les Kurdes est de protéger l'Irak, l'unité de l'Irak, la fraternité arabo-kurde, et là dessus nous accomplissons bien plus que tous les autres dans ces domaines. Le rôle des Kurdes est bien connu et ne peut être nié. Malheureusement, ils ne souhaitent pas le reconnaître et souhaitent le déformer. Après la chute du régime, tout le monde sait que nous aurions pu réclamer autre chose . Cependant, Kek Talabani et mois sommes allés à Bagdad et avons essayé avec nos frères de combler le vide qui réssultait (de la chute du régime). Nous avons aidé au processus électoral et à la rédaction de la constitution. Nous protégeons de vastes régions en Irak du terrorisme et des terroristes. Nous avons protégé et continuons de protéger des familles arabes qui ont fui de leur région les opérations terroristes et sont venues dans la Région du Kurdistan. Lors du Soulèvement (de 1991), deux corps d'armées irakiens (le Premier et le Cinquième Corps) se sont rendus dans notre régions, mais pas un seul Irakien n'a été blessé. En fait, nous leur avons donné le choix de retourner dans leurs familles ou d'émigrer dans un autre Etat, ou de rester au Kurdistan bien que nous étions encore meurtris par les effets de l'Opération Al-Anfal et les attaques chimiques perpétrées par l'armée irakienne. Alors je dis oui, c'est une malheureuse et injuste campagne de presse. Nous appelons tous ceux qui sont aussi intègres que nous et via votre journal qui est intègre à nous aider afin de montrer une image véritable que vous pouvez vous-mêmes constater ici. Nous ne demandons à personne d'embellir notre image. Nous demandons aux media de dire la vérité sur les Kurdes et sur le Kurdistan au nom de l'honnêteté.

Q: D'un autre côté, les media kurdes réussissent faiblement à véhiculer un portrait véritable des Kurdes et de la Région du Kurdistan et ils ignorent des questions importantes qui ont leur place ici.

Barzani: C'est vrai, je suis d'accord avec vous sur le fait que l'action des media kurdes est inopérante. C'est regrettable.

Q: Vous attendez-vous à un affrontement avec le gouvernement fédéral, ou, devriosn-nous dire, un affrontement des gouvernements kurde et arabe plutôt que de la population ?

Barzani: Nous sommes opposés à toute escalade et tout affrontement. Nous devons faire avorter les efforts de ceux qui ne veulent pas d'un Irak démocratique et d'une expérience démocratique dans ce pays. Il y a des menées malveillantes qui poussent jour et nuit à l'escalade et à la confrontation. Mais nous consacrons tous nos efforts pour éviter une telle situation. Les choses n'ont aps encore atteint de point d'escalade entre la Région (du Kurdistan) et le gouvernement fédéral. Mais il y a des incompréhensions, des différences de point de vue, et des différents sur plusieurs problèmes. Par le dialogue et des rencontres, nous allons essayer de parvenir à nous accorder sur des points communs. Ceux qui nous unissent sont plus nombreux que ceux qui nous divisent. Mais nous devons admettre qu'il y a des points d'accord possibles. Il peut y avoir des différences sur la conception de la démocratie et du fédéralisme, mais nous espérons que cela n'ira jamais jusqu'à l'affrontement.

Q: Mais la situation a presque atteint ce niveau à Khanaqin.

Barzani: Oui, c'est vrai que nous avons frôlé l'affrontement, mais c'était le résultat d'une énorme erreur. Chacun doit comprendre que l'armée irakienne est notre armée et qu'elle comprend des forces kurdes. Il y avait auparavant les Peshmerga et puis ils ont rejoint l'armée irakienne. En fait, nos forces kurdes étaient le noyau autour duquel s'est constituée la nouvelle armée irakienne. Nous voulons aussi éduquer l'armée irakienne. Elle doit recevoir une éducation patriotique fondée sur les principes de protection de la patrie plutôt que sur celui du meurtre de ses citoyens. Les incidents survenus à Khanaqin ont été une énorme faute. D'abord, les forces kurdes qui étaient déployées dans la régions ont contribué à consolider la sécurité et la stabilité à Khanaqin. Ils ont purgé la zone des terroristes et des bandes qui minaient la sécurité et la sûreté des citoyens. Deuxièmement, les forces kurdes sont venus à Khanaqin sur l'invitation et la requête du gouvernement fédéral. Quand le gouvernement a demandé aux forces kurdes de se retirer, elles se sont réellement retirées. Mais les forces militaires qui ont remplacé les kurdes sont arrivées avec des slogans provoquant et ont agi exactement comme l'ancienne armée, celle qui a commis les crimes contre le peuple kurde dans le passé, notamment ceux commis durant l'opération Al-Anfal. Ainsi, ces forces sont arrivés avec les mêmes slogans, la même mentalité, t ont agi de la même manière. Naturellement, nous ne pouvons les considérer comme étant la nouvelle armée de l'Irak, mais comme une extension de l'armée dictatorial baaathist qui a détruit le Kurdisatn et l'Irak. Je répète que nous ne sommes pas opposés au déploiement de l'armée irakienne. Si nous subissons une quelconque agression nous demanderons son aide à cette armée et si elle nous demande de l'aide nous enverrons nos forces où elle le souhaite. Nous l'avons fait pour plusieurs, importantes, et dangereuses occasions. Nous sommes ceux qui ont fondé l'armée irakienne mais la conduite d'un commandant particulier dans la région a soulevé tous ces problèmes et nous a rappelé notre passé tragique.

Q: Est-il vrai que le gouvernement l'avait pas consulté ni même pris l'avis du Chef d'Etat-Major Babaker Zebari (un Kurde) et que le déploiement des forces de l'armée irakienne s'est fait à son insu ?

Barzani: Je crois que tout ce qui s'est produit durant cette période s'est fait dans le dos du Chef de l'Etat-Major. Il n'a pas été consulté et sa présence est devenue nominale. Peut-être n'est-ce plus utile pour lui de demeurer à cette place.

Q: Pensez-vous que ces événements peuvent vous mener à vous proclamer indépendants de l'Irak ?

Barzani: L'indépendance est un droit naturel mais elle doit se réaliser dans des conditions raisonnables et convenables pour être appliquée. Nous méritons ce droit et nous le considérons comme naturel. Ce n'est en rien un crime de le réclamer. L'Irak nous apaprtient comme à tous les Irakiens. Il y a des Kurdes à Bagdad, Basra, et Mossoul, tout comme il y a des Arabes à Erbil, Sulaimaniyah et Duhok. Erbil est pour tous les Irakiens, tout comme Sulaimaniyah, Duhok, Basra, Baghdad, et Al-Najaf. Je suis surpris par cette attitude chauvine. S'ilsne nous considèrent pas comme Irakiens, ils doivent nous le dire franchement. Nous refusons d'être traités comme des Irakiens de seconde classe. Nous devons avoir des droits et des devoirs égaux. Sinon, qu'ils aient le courage d'affirmer que nous ne sommes pas Irakiens. Qu'ils le proclament et alors nous apporterons notre réponse. Notre identité irakienne ne nous a pas été donnée comme une faveur que nous devons à quelqu'un. Nous étions sur cette terre avant ceux qui clament qu'ils sont plus Irakiens que nous. Nous n'accepterons cela de personne.

Q: Est-il vrai que la restauration de Kirkouk dans son "identité kurde" est l'une des conditions de votre indépendance ou attendez-vous d'annexer Kirkouk à la Région du Kurdistan afin de proclamer votre indépendance, comme certains le disent ?

Barzani: C'est une idée fausse. Kirkouk est le symbole de la souffrance des Kurdes irakiens. Les politiques antérieures erronées appliquées à Kirkouk en ont fait une question très particulière et très sensible. Ces politiques ont laissé une profonde blessure dans le coeur de tous les Kurdes. Nous voulons résoudre ce problème et non l'exacerber. Mais ne pas résoudre la question de Kirkouk veut dire maintenir un problème susceptible d'exploser à chaque minute. Pourquoi n'apprenons-nous rien de notre expérience et de notre passé ? Il y a un article dans la constitution irakienne qui prévoit un mécanisme pour résoudre la question de Kirkouk et d'autres similaires, car le problème ne concerne pas que Kirkouk. La question de Kirkouk peut être résolue et le problème finir en accord avec l'article de la constitution irakienne. Kirkouk est une ville irakienne tout comme Bagdad, Sulaimaniyah et Basra. Mais le problème est cette insistance pour que Kirkouk ne retourne pas dans la région du Kurdistan. Nous ne souhaitons pas regagner Kirkouk par la force. En accord avec l'article 140 de la constitution, si la population de Kirkouk décide de revenir dans la Région du Kurdistan, personne ne doit les en empêcher. Si la majorité de la population de Kirkouk decide - selon le processus prévus par l'article 140 , soit après normalisation (retour des déplacés), recensement, et référendum - de ne pas retourner au Kurdistan, nous respecterons ce souhait et nous n'annexerons pas Kirkouk au Kurdistan de force. Je dis fermement et je le répète aussi fermement : la question du retour de Kirkouk à son identité kurde n'a rien à voir avec l'indépendance du Kurdistan. Je redis que l'indépendance du Kurdistan est un droit légitime et naturel sans rapport avec le fait que Kikouk rejoigne ou non la Région du Kurdistan. C'est un droit que Dieu a donné à chaque nation et chaque peuple.

Q: Que vaut la population de Kirkouk ? Veulent-ils en revenir à (un état de fait issu d') une documentation historique ou à la réalité ?

Barzani: Ils ne veulent pas faire une lecture des documents historiques datant de l'Empire ottoman ni même au recensement de 1957. Ils affirment que tout cela a pu être falsifié. Je suis allé à Kirkouk et j'ai dit apporter un message de fraternité, de paix et d'amitié. Une partie des Arabes et des Turkmènes ont boycotté le meeting mais une large partie des personnalités tarabes et turkmènes ont assisté au meeting et je les ai rencontrées. Je leur ai dit, dans un esprit fraternel, que nous souhaitons faire de Kirkouk un modèle de coexistence religieuse, et ethnique. Nous leur avons dit que nous aurons envers eux un esprit d'ouverture qu'ils ne peuvent imaginer. Mais que nous devions résoudre ce problème sur la base de l'Article 140. Je leur ai dit que nous respecterions leur opinion quoi qu'ils décident. J'ai trouvé que de nombreux Arabes et Turkmènes comprennent ce problème, et qu'il est dans leur intérêt de le résoudre, comme cela est dans l'intérêt de l'Irak. Je leur ai dit Croyez-moi, ne pas résoudre ce problème et trouver des alternatives à l'article 140 n'est dans l'intérêt de personne et fera que cette question finira par ne plus pouvoir être résolue par personne. Est-ce dans l'intérêt de l'Irak ? Non, bien sûr. Par ailleurs, pourquoi aurions-nous dépensé tous ces efforts pour rédiger un constitution que nous avons approuvée et qui a été approuvée par la majorité du peuple irakien ? De quelle utiltié est la constitution si nous ne la respections pas ? Nous devons respecter notre constitution.

Q: Certains disent que la validité de l'article 140 a expiré.

Barzani: Comment aurait-il expiré ? C'est un article de la constitution. Si la validité de cet article a expiré, alors cela signifie que la validité de toute la constitution a expiré. C'est illogiquel.

Q: Est-ce qu'il y a des inquiétudes au sujet d'une interférence de la Turquie dans le problème de Kirkouk ?

Barzani: Kirkouk est une ville irakienne et ce problème est une affaire interne à l'Irak. Ni la Turquie ni aucun autre pays ne doit itnerférer sur ce sujet qui est un problème interne. Pourquoi devriosn-nous nous inquiéter alors que Kirkouk n'est pas un problème turc ?

Q: Vous avez qualifié le vote de l'article 24 de la loi sur les élections provinciales, au parlement irakien, en juillet dernier, de conspiration ?

Barzani: C'était une conspiration de pays dans la région et d'agents de ces pays dans la Chambre des députés. Mais comment d'autres députés ont-ils pu être dupés au point de voter la loi ? Comment cette conspiration a pu abuser ceux que nous appelons partenaires et qui ont senti trop tard le danger inhérent à cette question ? Cela, vraiment, nous laisse perplexe.

Q: Serez-vous forcé de renoncer à Kirkouk dans certaines circonstances ?

Barzani: Jamais nous n'abandonnerons Kirkouk, quelles que soient les circonstances. Dans le même temps, nous insistons sur le fait que la solution au problème de Kirkouk doit être claire et constitutionnelle. Nous refusons le recours à tout autre moyen et nous insistons sur notre droit légitime et constitutionnel.

Q: Si vous réalisez que la voiedes négociations est fermée, choisirez-vous d'annexer Kirkouk par la force ?

Barzani: Nous travaillosn dur pour ne pas arriver à cette solution. Nous cherchons à faire appliquer l'article 140 pour résoudre le problème sur les bases de la constitution.

Q: Que pensez-vous de l'appel lancé par le Conseil provincial de Kirkouk pour rejoindre la Région du Kurdistan? Pensez-vous que c'est sérieux ?

Barzani: Oui, c'est un appel lancé très sérieusement et qui intéresse le Kurdistan. Nous attendons que le gouvernement fédéral reprenne ses sessions. S'ils insistent pour trouver une alternative à l'article 140, nous demanderons immédiatement qu'ils répondent à la requête du Conseil provincial de Kirkouk.

Q: Pensez-vous qu'il y a une campagne arabe contre les Kurdes ?

Barzani: Le fait est que, oui, il y a une telle campagne. Mais quelle est la profondeur des racines de cette campagne et comment est-elle menée ? Nous devons nous en assurer. Nous avons de bonnes relations avec des pays et des leaders arabes et j'ai personnellement rendu visite à plusieurs d'entre eux, l'Arabie saoudite, le Koweit, les Emirats arabes unis, l'Egypt,e et la Syrie. IJ'ai récemment répondu à une invitation du frère Muammar al-Qadhafi et nous avons été reçus très chaleureusement en Lybie. Quand nous parlons aux leaders de ces pays, nous voyons qu'ils comprennent la position kurde et le partenariat historique et géographique des Arabes et des Kurdes. Dans le même temps, nous sentons une campagne arabe nous visant, et ayant pour but de distordre l'image des Kurdes et du Kurdistan. Tout ce dont nous avons besoin est d'amis pour rétablir les faits.

Q: Il y a plusieurs accusations contre vous dans les media (arabes) ?

Barzani: Ils nous ont accusé d'accueillir un demi million de Kurdes iraniens et turcs afin de changer la structure démiographique de Kirkouk. J'en appelle à Dieu, frère, est-il possible de dissimuler un demi million d'oiseaux à Kirkouk, et a fortiori un demi million de Kurdes venus d'Iran et de Turquie ? Au contraire, nous n'avons pas réussi à faire revenir la moitié des Kurdes d'Irak originaires de Kirkouk qui avaient été chassés par l'ancien régime de leur foyer. Comment nous est-il possible de faire venir des Kurdes d'autres pays et de les installer à Kirkouk? Je défie quiconque dans le monde de me prouver cela et qu'il y a même des Kurdes d'Irak de Duhok ou d'Erbil ou de Sulaimaniyah venus à Kirkouk changer la structure démographique. Ils nous ont aussi accusés d'attaquer les Arabes et les Turkmènes à Kirkouk. C'est inacceptable. Les Arabes et les Turkmènes sont irakiens et ce sont nos frères. Nous ne permettrons à aucun responsable kurde d'attaquer un Arabe ou un Turkmène. Si quelqu'un a une quelconque information sur une attaque par un responsable kurde, qu'il nous l'apporte. Notre mot d'ordre est de rester intègre à ce sujet. Durant les longues années de la révolte kurde et après, nous n'avons pas tué un seul captif de l'armée irakienne ou d'ailleurs. Les événements du Soulèvement [en1991 contre le régime de Saddam Hussein] et notre accueil de millers de membres de l'armée irakienne qui s'étaient rendus sont la meilleure preuve qui l'atteste. Nous avons respecté les captifs, nous avons respecté les principes de fraternité et de bon voisinage. Quand nous étions sujets aux bombardements chimiques et aux opérations d'al-Anfal, nous n'avons commis aucun acte qui nuise à cette fraternité, alors comment pourrions-nous le faire à présent ? Toutes ces accusations sont fausses. Nous accueillons toute commission, arabe ou internationale, à venir au Kurdistan, pour des missions d'enquête concernant ces accusations, ou pour trouver à Kirkouk les Kurdes qui ne seraient pas des résidents originaires de la ville. S'il est rpouvé que nous attaquons les citoyens, nous nous excuserons et corrigerons nos erreurs. En retour, nous voulons qu'une image véridique soit donnée des relations chaleureuses entre les Kurdes, les Arabes et les Turkmènes à Kirkouk ou dans toute autre région du Kurdistan. Il y a de fausses rumeurs qui ont été forgées par de sgens qui ne souhaitent pas la stabilité pour ce pays. Il y a des gens immatures. Ils savent que ces faits sont connus des Arabes, mais refusent de les écouter.

Q: Selon vous, pourquoi il n'y a pas de consulats arabes d'ouverts à Erbil, alors qu'il y a des consulats occidentaux ?

Barzani: Nous devons d'abord nous demander si les pays arabes ont ouvert des ambassades ou des consulats à Bagdad avant de demander pour Erbil. En mars dernier, la conférence des membres de parlements arabes s'est tenue à Erbil. C'était un bon augure, une bonne initiative, et un pas majeur pour briser la glace.

Q: Avez-vous invité des responsables arabes à visiter le Kurdistan?

Barzani: Nous ne souhaitons pas embarrasser nos frères arabes. Nous envoyons des invitations seulement si nous sommes sûrs qu'elles seront acceptées. Nous comprenons la positions des officiels arabes à cet égard.

Q: Le drapeau irakien flotte au Kurdistan et devant le bâtiment de votre quartier général. Est-ce que vos réponses positives aux requêtes du gouvernement irakien ont rencontré des réponses similaires de la part du gouvernement fédéral ?

Barzani: Le gouvernement fédéral est contrevenant à cet égard. Et malheureusement, ce sont nous que les media et des politiciens irakiens ont accusé d'être contrevenants. Le gouvernement fédéral fait beaucoup de promesses mais ne les tient pas. Pn m'a personnellement promis beaucoup de choses quand j'étais en visite à Bagdad, mais rien n'a été tenu. C'est quelque chose que nous n'arrivons pas à comprendre.

Q: Quelle est votre opinion sur les manifestations qui ont récemment éclaté à Al-Najaf contre l'annexion de Kirkouk au Kurdistan?

Barzani: Cela nous a paru très étrange et incongru. C'est l'un des tours du destin. Pourquoi ces manifestations ont-elles eu lieu à Al-Najaf? Nous aurions compris si des manifestations se'étaient tenues à Kirkouk, mais Kirkouk est loin d'Al-Najaf.

Q: Qu'enest-il de vos relations avec la Turquie ?

Barzani: Nos relations sont normales. Il y a une légère amélioration. Nous envisageons de mieux développer ces relations.

(Asharq Al-Awsat ; KRG).

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