IRAK : LES CHRETIENS REFUGIES N’ESPERENT PLUS EN BAGDAD


Depuis le début de la guerre civile dans les régions arabes d’Irak, la communauté des chrétiens, particulièrement visée par les islamistes n’a eu d’autre choix que de fuir le pays ou de se réfugier dans la Région du Kurdistan ou dans les régions annexes dont la sécurité est assurée par les Peshmergas, comme à Ninive. Un nombre croissant de ces chrétiens espèrent de moins en moins en une solution apportée par le gouvernement de Bagdad, comme le rapporte un reportage du Kurdish Globe. Ainsi le père Joseph Yohannes, prêtre dans un village chrétien de cette province, estime que sa communauté est plus considérée comme une « minorité » allogène en Irak que comme des citoyens irakiens à part entière et pense que leur statut serait meilleur au sein du GRK : « Parfois, nous sentons que le gouvernement de Bagdad nous considère comme des réfugiés en Irak, comme si nous n’étions pas originaires de ce pays. Si nous rejoignons la Région du Kurdistan, la communauté chrétienne composera alors 15 à 20% de la population ; de cette façon, nos droits seront mieux préservés. »
Malgré la rencontre récente du pape Benoît XVI et du Premier ministre irakien, le chiite Nouri Al-Maliki, le père Joseph ne se montre guère optimiste sur une amélioration du sort des chrétiens d’Irak, même si cette question a été centrale dans les entretiens entre le souverain pontife et le chef du gouvernement. En attendant dans la région de Ninive, las d’attendre une protection incertaine des autorités irakiennes, les chrétiens tendent plutôt à s’organiser en milices d’auto-défense, appelées « gardiens d’églises » car financés par des fonds religieux. A l’instar du système de sécurité établi dans la Région du Kurdistan, la circulation entre les différents villages est surveillée et filtrée par de nombreux check-point. Saleem Yusuf, qui commande une de ces gardes civiles dans le village de Kramalis, explique que le but de ces check-point est d’empêcher les voitures kamikaze d’entrer dans les villages pour y exploser, comme ce fut le cas en août 2007, cette fois contre deux villages yézidis, dont les victimes se sont comptées par centaines. Le seul village de Kramalis est ainsi protégé par 250 gardiens.
Autres menaces, en plus des attaques suicide, les enlèvements contre rançon qui touchent toutes les communautés irakiennes, ou les exécutions sommaires. La ville de Mossoul est une des plus touchées par cette terreur. Ainsi, le père Joseph avoue n’être plus retourné à Mossoul depuis trois ans. En février dernier, le rapt, suivi de la mort de l’archevêque chaldéen de cette ville, monseigneur Paulos Faraj Rahho, qui était originaire de ce même village de Karamlis a profondément frappé les esprits.
Mais les chrétiens désireux de fuir, ou déjà réfugiés, doivent faire face à d’autres difficultés que sécuritaires. Le chômage et la perte de leurs ressources sont les problèmes majeurs de leur vie quotidienne. Parmi les chrétiens de Ninive, nombre d’entre eux, explique le père Joseph, travaillaient dans les usines ou avaient des postes administratifs. Ou bien, dans la capitale irakienne, ils possédaient des restaurants, des boutiques, qu’ils ont dû laisser derrière eux, sans grand espoir de retour.
Mais le sort des réfugiés irakiens dans les pays voisins, comme la Syrie ou la Jordanie est encore moins enviable. Ayant tout laissé derrière eux, ils ne bénéficient pas, comme dans la Région du Kurdistan, d’une aide à l’installation, d’un logement et d’une allocation mensuelle. Aussi, leurs revenus fondent vite, dans les villes arabes, pour trouver un logement et de quoi vivre, sans que là aussi, ils puissent espérer trouver rapidement un emploi. Des ONG sur place, font même état de discriminations envers les chrétiens, de la part même des employés locaux du Haut-Commissariat aux réfugiés. « Ces chrétiens qui fuient la persécution en Irak nous racontent qu'ils sont discriminés par les institutions sensées leur venir en aide. Dans le contexte actuel où la guerre d'Irak attise la haine entre chrétiens et musulmans au Moyen-Orient, les responsables du HCR et des ambassades devraient s'assurer du traitement équitable de tous les réfugiés, quelle que soit leur croyance » accuse Michel Varton, directeur de Portes Ouvertes France, dans un communiqué diffusé en juillet dernier sur le site de l’association.
Les membres de l’ONG Portes Ouvertes présents sur place ont ainsi fait état de plaintes et de des témoignages émanant de ces réfugiés d'Irak : « J'ai vu que les formulaires des chrétiens sont systématiquement rejetés alors que ceux des musulmans sont immédiatement approuvés. Cela s'est vérifié des milliers de fois. Chaque famille peut vous raconter un exemple vécu », raconte ainsi l’un d’eux.
Cet état de choses est d’ailleurs confirmé par un responsable chrétien local : « Le problème vient du fait que la plupart des employés du HCR et des ambassades qui accueillent les réfugiés sont des musulmans. Ils ne veulent pas entendre que nous sommes persécutés par d'autres musulmans en Irak. C'est une situation que la plupart des hauts fonctionnaires ignorent. »

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