TROIS TOURISTES ALLEMANDS ENLEVES PUIS LIBERES PAR LE PKK


Le 9 juillet, trois alpinistes allemands, Helmut Johann, Martin Georpe et Lars Holper Reime, ont été enlevés sur le Mont Ararat par le PKK, enlèvement confirmé par l’agence de presse kurde Firat, dès le lendemain. Ces Allemands faisaient partie d'un groupe de 13 alpinistes. Ils ont été enlevés alors qu'ils campaient sur le mont Ararat à une altitude de 3.200 mètres. Cinq combattants kurdes sont arrivés et ont emmené les trois hommes.

Les motifs avancés dans le communiqué des forces de la guérilla kurde étaient la « politique hostile de l’Allemagne à l’égard du PKK : « Les touristes allemands ne seront pas relâchés tant que le gouvernement allemand n'annoncera pas qu'il a abandonné sa politique hostile à l'égard du peuple kurde et du PKK. » Le mouvement a également assuré que les trois otages étaient en bonne santé, n’avaient pas été maltraités et a appelé aussi à la fin des opérations militaires dans la zone de l'enlèvement.

Selon l’hebdomadaire Der Spiegel, à la fin du mois de juin le conseil exécutif du PKK avait adressé une mise en garde au gouvernement d’Angela Merkel contre les « conséquences négatives » de sa politique envers le parti. Depuis plusieurs années, l’Allemagne a procédé à de nombreuses arrestations et procès à l’encontre de responsables du PKK vivant sur son sol. En juin dernier, le ministre allemand de l'Intérieur, Wolfgang Schäuble, avait interdit le travail dans son pays des équipes de la télévision kurde Roj TV, basée au Danemark, et avait ordonné la fermeture de la société de production VIKO Fernseh Produktion GmbH, basée à Wuppertal, qui produisait des émissions pour la chaîne kurde. Ce parti, classé sur les listes des « organisations terroristes » de l’Union européenne, est interdit depuis une quinzaine d’année en Allemagne, ce qui ne l’empêche pas d’être présent de façon clandestine, ou sous couvert d’associations diverses, l’Allemagne abritant la plus forte communauté kurde en Europe (plus d’un demi-million), très majoritairement venue du Kurdistan de Turquie. Selon l'Office allemand pour la protection de la Constitution, il y aurait au moins 11.500 membres actifs répertoriés dans ce pays.

Comme prévu, le ministre allemand des Affaires étrangères, Frank-Walter Steinmeier, a immédiatement rejeté les conditions formulées par le PKK pour la libération des otages, qu’il a exigée sans contrepartie: « La République fédérale ne répond pas au chantage. » Le ministre de l'Intérieur, Wolfgang Schäuble, a, de même, affirmé qu’il n’y aurait aucune négociation possible : « Il est hors de question pour nous de négocier avec le PKK sur l'application des lois allemandes ». Wolfgang Schäuble a aussi annoncé l’envoi d’enquêteurs de la police criminelle allemande en Turquie. Pour sa part, Angela Merkel a appelé à la libération immédiate des otages et a refusé aussi l’éventualité de céder au « chantage ».

Le même jour, en visite à Bagdad, le Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan a fait état de la « volonté » des gouvernements irakiens et kurdes de combattre le PK : « Nous avons obtenu le soutien du gouvernement Maliki et du gouvernement régional du Kurdistan irakien contre le PKK. Le PKK est une menace, pas seulement pour l'Irak et la Turquie, mais pour toute la région. Nous n'autorisons pas de telles organisations à empoisonner les relations entre nos deux pays. Il y a une compréhension commune du problème. Il y a une volonté commune de défaire l'organisation ».

L’enlèvement des trois Allemands n’a pas interrompu les affrontements entre l’armée turque et le PKK, et le 11 juillet, les autorités turques annonçaient la mort de dix combattants kurdes, dans un accrochage avec l’armée près de Sirnak. Un milicien « gardien de village » a également été tué. Dans le même temps, des troupes paramilitaires turques investissaient le mont Ararat, déclaré zone interdite, pour tenter de libérer les alpinistes, ce qui a déclenché un nouveau communiqué du PKK, le 14 juillet, appelant, cette fois, à l’arrêt des opérations militaires. Le mouvement se déclarait « prêt à relâcher les trois touristes allemands à la condition que la Turquie interrompe ses attaques militaires dans la région où ils ont été capturés et que la libération se fasse sous l'égide d'une organisation internationale comme la Croix Rouge ». La porte-parole de l'organisation kurde, Sozdar Avesta, qui s’exprimait du mont Qandil, dans le Kurdistan d’Irak, a précisé que les Allemands étaient en bonne santé.

Mais les combats se sont poursuivis près des frontières iraniennes et irakiennes, faisant 33 victimes de plus parmi la guérilla, selon les sources turques, contre deux morts parmi les soldats.

Finalement, comme cela était prévisible dès le début de l’affaire, les alpinistes ont été libérés par le PKK le 20 juillet, apparemment sans contrepartie, et ont été récupérés par les forces turques. Le gouverneur de la province d’Agri (Ararat), dans une conférence de presse, a bien sûr affirmé que la pression militaire exercée autour des ravisseurs les avaient obligés à cette libération, mais il est en fait peu probable que le PKK ait eu l’intention de garder indéfiniment ces otages. Ce genre d’enlèvements, s’il s’est déjà produit, est resté plutôt rare de la part de ce mouvement et n’a jamais abouti à de longues détentions. Il s’agit plutôt de coups d’éclat visant à frapper les opinions publiques turque et internationale.

De retour en Allemagne, l’un des trois alpinistes, Lars Holger Reime, a déclaré qu’ils avaient été « relativement bien traités » par les guérilleros en confiant que leur crainte majeure, durant leur détention, était une intervention militaire turque, qui les aurait fatalement gravement exposés.

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