Pays de nuit

"La nuit enveloppe le désert dans une cape de mystère. Enfouissant dans ses profondeurs un abîme de temps originel, elle est sur la terre comme un labyrinthe céleste dont la noirceur, condamnée au silence éternel, est gravée d'êtres distraits, endormis, éveillés, veilleurs, traqueurs, épuisés, mangeurs, apathiques, embusqués, insomniaques. C'est la métaphore d'une vie qui surgit chaque fois d'une surprenante mutation. Les étoiles sont plus proches, à moins qu'elles ne se rapprochent doucement. Penchées au-dessus de la terre, elles observent ses recoins. Elles sont sereines, immobiles, pourtant elles respirent et poussent des soupirs. Les ténèbres leur donnent un éclat singulier ; ce sont des sentinelles, elle savent tout. Leurs lueurs sont des appels lancés vers la terre par les peuples de l'ombre qui sont cachées, là, sous ces ombres ternes, grises et bleues, ces ombres de plomb, de cendre, de granit, d'argile : des êtres nocturnes, des formes furtives, des images silencieuses... Une ombre appuyée contre un figuier de Barbarie solitaire, une autre qui prolonge le sommeil des rochers, des ombres qui flottent comme des rideaux sur les dunes, d'autres dans les creux et les grottes du désert : des coussins où les êtres secrets se reposent. Les ténèbres, les étoiles, les ombres et la nuit ont leurs mondes fugitifs et évanescents. Peu à peu ils s'écartent de la réalité et passent dans le rêve, que les élans de l'imagination rendent réels."

Pays de nuit, Janane Jassim Hillawi, trad. Stéphanie Dujols.

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