KURDISTAN D’IRAK : DEBUT DE RECHAUFFEMENT AVEC LA TURQUIE


Au début du mois le Premier ministre du Gouvernement régional du Kurdistan a rencontré pour la première fois, à Bagdad, une délégation turque menée par Ahmet Davutoglu, un conseiller du Premier ministre turc, Murat Özçelik, le coordinateur des Affaires irakiennes pour la Turquie et l’ambassadeur de la Turquie en Irak, Derya Kanbay.

Cette rencontre a porté sur tout un éventail de sujets brûlants entre le GRK et la Turquie, dans les domaines politiques, économiques et sécuritaires. Le porte-parole du GRK a qualifié les entretiens de « cordiaux, faits dans un climat ouvert », en indiquant que les deux parties avaient des vues similaires sur beaucoup de questions, avec « un désir de compréhension mutuelle et des intérêts communs. »

De son côté, le président de la région du Kurdistan, Massoud Barzani, a répété, lors d’une réunion tenue avec son parti à Salahaddin, que le PKK devait renoncer à la violence et réaffirmé que les Kurdes d’Irak souhaitaient dialoguer avec Ankara, et a ainsi commenté la rencontre entre son Premier ministre et la délégation turque, en parlant d’une « barrière psychologique » qui aurait été levée : » Nous espérons que des étapes positives seront enfin franchies. Les relations avec la Turquie s’améliorent. Les vents froids qui soufflaient des deux côtés ont disparu après la dernière rencontre. Cette rencontre a été utile. Nous souhaitons entretenir des relations étroites avec les pays voisins. Cependant, ces relations souffrent des conflits internes de ces pays. La question kurde ne peut être résolue par la guerre. La solution ne peut venir que du dialogue, et par des moyens politiques et pacifiques. L’opération militaire de la Turquie en février dernier n’était pas une bonne chose. Je suis reconnaissant à la population de la Région, qui s’est comportée de façon très généreuse lors de cette opération. Nous sommes prêts à aider toutes les parties, pourvu que le but en soit une solution politique. »

Adoptant un même ton conciliant, le Premier ministre turc, dont le gouvernement se débat dans une grave crise interne, a lui-même déclaré dans une réunion avec son propre parti, menacé de dissolution : « Notre dialogue à la fois avec le gouvernement central et tous les groupes se poursuivra. Nous traitons sérieusement le problème du contre-terrorisme dans ses dimensions politiques et économiques, en plus de sa dimension sécuritaire. L’Irak et la Turquie doivent agir dans une compréhension et une confiance mutuelles. »

De son côté le DTP, principal parti pro-kurde en Turquie, a envoyé également une délégation menée par Ahmet Türk, président du groupe parlementaire de ce parti, auprès du président d’Irak Jalal Talabani, pour lui demander de jouer un rôle actif dans la résolution du problème kurde en Turquie, en insistant sur la nécessité vitale pour le peuple kurde, de rester uni. A l’issue de la rencontre, Ahmet Türk a indiqué que Jalal Talabani soutenait une résolution pacifique du problème kurde en Turquie, sur la base d’un désarmement mutuel. Il a aussi ajouté qu’ils avaient convenu de se rencontrer plus fréquemment à l’avenir.

Mais la délégation n’a pas été reçue, comme elle l’avait souhaité, par Massoud Barzani, ni par Nêçirvan Barzani. Des sources proches du gouvernement kurde ont expliqué que les deux leaders kurdes ne jugeaient guère utile de compromettre la reprise de contact avec la Turquie alors même que leurs relations commençaient à s’améliorer. Le Premier ministre kurde a répété, dans une déclaration publiée sur le site officiel du GRK, que les forces du PKK étaient basées dans une zone qui échappait à son contrôle, que les Kurdes d’irak ne souhaitaient pas que leur territoire soit utilisé pour attaquer la Turquie et qu’ils ne pouvaient être tenus pour responsables des activités de ce mouvement.

Pendant ce temps, les bombardements turcs se poursuivaient au Kurdistan, dans les montagnes de Qandil, abritant les bases du PKK, sans faire de victimes, selon le porte-parole de ce mouvement, Ahmed Denis, qui a accusé la Turquie d’exporter ses conflits internes chez ses voisins : « Il est important que les dirigeants kurdes et irakiens réalisent que la Turquie veut se débarrasser du problème du PKK, qui est un problème interne, en accusant les pays voisins de soutenir le PKK. Les dirigeants en Irak doivent être conscients de ce fait en traitant avec la délégation turque. »

Jusqu’ici, les principales victimes de ces bombardements, qu’ils viennent de la Turquie ou de l’Iran, ont été les villageois frontaliers, qui ont dû fuir leur demeure et vivent à présent dans des camps de réfugiés, non loin de chez eux, comme l’explique au Los Angeles Times, Mohammad Khorsheed, du village de Rezga : « Nous avons des troupeaux que nous avons besoin de nourrir. Nous ne pouvons les mener paître dans les montagnes. Nous ne pouvons travailler dans nos fermes, et nous ne savons pas à qui réclamer. » Un autre villageois, Saman Haidar, qui s’est trouvé sous le feu des bombardements, n’envisage pas de retourner chez lui dans l’immédiat, en décrivant les attaques aériennes subies comme « terrifiantes » : « Nous avons gagné un petit abri que nous avions construit auparavant. Nous avons éteint toutes les lumières. » Quand il a pu repartir, Saman Haidar a quitté le village, emmenant avec lui tout son troupeau, dans l’espoir de le garder en sûreté jusqu’à ce que le problème soit résolu.

L’Iran, pour sa part, a régulièrement bombardé les villages kurdes sur la frontière irakienne, dans la province de Suleïmanieh, en visant le groupe du PJAK, la branche iranienne du PKK, sans que des victimes aient été à déplorer. Le Gouvernement régional du Kurdistan a tout de même demandé à l’ONU, via son représentant pour l’Irak et le GRK à Erbil, Dindar Zebari, d’intervenir auprès de Téhéran pour qu’il stoppe ces tirs. Dindar Zebari a indiqué que 12 villages avaient été sous le feu iranien, et que 140 familles avaient fui.

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