Temps et prières

Dans son Ilhya 'ulum al-Dîn, Abû Hamid Al-Ghazâlî, celui là même qui vouait la philosophie aux gémonies et avec qui Ibn Rushd voulut furieusement ferrailler, cite un hadith de Mohammad qui, en plus des anges postiers et des anges secrétaires, en plus de ceux qui gardent les nombres et ceux qui pleuvent avec la pluie, mentionne une autre catégorie d'anges, les anges-voyageurs qui font en plus office de liftiers célestes :"Outre les anges-scribes qui transcrivent les actions des hommes, Dieu a des anges-voyageurs qui parcourent la terre : trouvent-ils des gens qui pratiquent le dhikr (récitation, mémorisation de Dieu) ils lancent cet appel : accourez à l'objet de vos désirs ! Ils viennent alors et les anges les entraînent vers le ciel." Hadith rapporté par Al-A'mash, via Abû Saïd al Khadarî via Mohammad.

Abû Hamid cite un hadith assez drôle, qui pourrait s'intituler "Baissez d'un ton, Dieu n'est pas sourd !"

"Selon ce que rapporte Abû Mûsa al-Asharî : "Nous arrivâmes avec l'Envoyé de Dieu. A l'approche de Médine, il s'écria : Dieu est Grand !" Les gens firent de même en élevant la voix. Le Prophète les reprit : "O gens, Celui que vous invoquez n'est ni sourd ni absent ! Il se tient au milieu de vous et de vos montures, Celui que vous invoquez !"
Quant aux Quarante (soit les quarante plus grands saints du monde, souvent anonymes et cachés) ils sont hommes de peu de mots : "On dit que les savants et les saints protecteurs (abdâl) ne disent pas plus de sept paroles, plutôt moins dans leurs invocations."
Autre point intéressant ce conseil de ne pas y aller timidement et du bout de l'orteil quand on demande quelque chose, mais franco, quand on demande on demande quoi : "Le prophète disait : "Que nul d'entre vous, quand il prie, ne dise : "Mon Dieu, pardonne-moi si Tu le veux ! Aie pitié de moi, si Tu le veux !"Qu'il soit résolu en faisant cette demande ; elle ne comporte rien de répréhensible."

Et de fait, ce "si Tu le veux", vu comme ça, a quelque chose d'un petit peu cafard, de "j'oserais jamais exiger, Tu penses bien, c'est juste en passant..."

De même, ne pas hésiter à insister, si le croyant est casse-pied, qu'il assume : "Insister dans la prière de demande et la répéter au moins trois fois", vingt ans s'il le faut...

Et encore un hadith, cette fois de Ka'b al-Ahbâr, ce juif yéménite converti, qui montre que Dieu, chez les juifs comme les musulmans, sait répondre du tac au tac et n'a pas la langue dans sa poche. Cela change agréablement du Dieu abstrait et muet des Plotiniens et néo-platoniciens..

"Une sécheresse terrible faisait des ravages au temps de Moïse, l'Envoyé de Dieu. Moïse fit une démarche avedc les fils d'israël pour demander de l'eau. On ne leur en donna pas. Par trois fois, ils firent la même démarche : en vain. Dieu révéla alors à Moïse : Je ne t'exaucerai pas, toi et pas davantage ceux qui sont avec toi, tant qu'il se trouvera parmi vous un délateur. - Seigneur, dit Moïse, quel est-il, que nous le retranchions de nous ?" Dieu révéla alors ceci à Moïse : "Moïse, comment pourrais-Je vous interdire la délation, en étant Moi-même un délateur ?" Moïse s'adressa alors aux fils d'Israël : "Revenez tous à votre Seigneur en renonçant à la délation." Ils se repentirent. Dieu leur envoya alors la pluie."

A la fin de son chapitre sur la du'a (prière de demande), Al-Ghazâlî indique quelques prières de circonstance qu'il est recommandé de réciter. Il en est d'assez savoureuses :

"Si tu vois dans la mosquée, quelqu'un faire du trafic, dis-lui :
-Que Dieu ne fasse pas fructifier ton commerce !"

Si tu y vois quelqu'un à la recherche d'une brebis, tu diras :
- Que Dieu ne te la rende pas ! C'est l'Envoyé de Dieu qui l'ordonne.

Lorsque le vent souffleratu repartiras tu diras :
-Mon Dieu,
Je Te demande le bienfait de ce vent, le bienfait de ce qu'il apporte avec lui, le bienfait que Tu envoies grâce à lui. Préserve-nous de ses méfaits, des méfaits qu'il apporte avec lui et que Tu envoies par lui.

Si les oreilles te tintent, tu diras :
- Que Dieu répande Ses bénédictions et Son salut sur Mohammad.

Lorsque tu seras en retard, tu diras :
- Louange à Dieu de toute façon !

Lorsque le murîd se regardera dans un miroir, il dira :
- Louange à Dieu !
Il m'a doté d'une forme harmonieuse, Il m'a honoré et a embelli les traits de mon visage. Il m'a mis parmi les musulmans.

Lorsque tu achèteras un domestique, un jeune garçon ou une bête de somme, saisis-le par le toupet, en disant :
- Mon Dieu,
Je Te demande son propre bien ainsi que le bien pour lequel il a été fait ; préserve-moi de son mal et du mal pour lequel il a été fait."

Un des hadiths qui peut donner raison aux ismaéliens sur la supériorité de la walayat d'Ali sur la nobowwat mohammadienne est celui-ci :

"On tient de 'Alî cette anecdote : Le Prophète vint le trouver de nuit, lui et Fâtima, tandis qu'ils dormaient. "Pourquoi ne priez-vous pas ?" leur demanda-t-il. Alî eut cette réponse : "Tu as dit, Envoyé de Dieu, que nos âmes sont dans la main du Très-Haut : s'Il veut les réveiller, Il le fera !" Le Prophète se retira. Quand il partit, je l'entendis se frapper la cuisse en disant : "L'homme est le plus querelleur des êtres" (Coran, XVIII, 54).
ça n'a l'air de rien, et ce vertueux sunnite d'al-Ghazalî n'en était sans doute pas conscient, mais c'est toute l'ironie de la haqiqat vs shariat qui s'exprime, soit ésotérique contre pratique exotérique.


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