IRAK : BILAN DE LA GUERRE POUR L’ANNEE 2007


Malgré les pendaisons le 15 janvier de deux anciens dirigeants baathistes, Barzan Ibrahim al-Hassan al-Tikriti, un demi-frère de Saddam Hussein et Awad Ahmed al-Bandar, l’ancien président du tribunal révolutionnaire et adjoint du chef du cabinet de Saddam, les violences en Irak ont enregistré une tendance à la baisse par rapport à 2006. La nouvelle année a même pu être fêtée à Bagdad sans grave incident, hormis un attentat suicide qui a tué cinq enfants et six membres d'une patrouille de volontaires dans les faubourgs nord de Bagdad. En tout, 481 civils sont morts dans les violences en décembre, contre 1.930 en décembre 2006, selon le ministère de l’Intérieur irakien.
L’envoi de 30.000 hommes supplémentaires par les USA et le revirement de plusieurs tribus sunnites contre Al-Qaïda expliquent cette baisse, ainsi que, du côté chiite, le cessez-le-feu de six mois ordonné par l’imam Moktada al Sadr, même si les pertes humaines pour l’ensemble de l’année 2007 restent supérieures à 2006 : 16.232 victimes en 2007 contre 12.630 en 2006, selon les autorités irakiennes.
1.300 policiers et 432 soldats ont été tués contre 4.544 insurgés. En 2006, les pertes avaient été de 602 soldats et de 1.231 policiers tués.
L'Organisation mondiale de la santé (OMS) a, de son côté, publié le 9 janvier ses premiers chiffres sur la guerre d’Irak. Elle estime qu’en moyenne, 120 Irakiens ont été victimes de morts violentes chaque jour entre mars 2003 et juin 2006, soit un chiffre s’élevant entre 104.000 et 223.000 décès. L’OMS indique par ailleurs que « plus de la moitié de ces morts violentes ont eu lieu à Bagdad », et que la violence est la principale cause de mortalité des hommes entre l’âge de 15 à 59 ans. Les actions armées sont largement à l’origine de ces morts (80%).
En plus de la mortalité, la guerre entraîne un grand nombre de réfugiés fuyant les violences et le Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) a demandé 261 millions de dollars pour 2008, afin de secourir les centaines de milliers d'Irakiens qui ont fui dans les pays voisins, principalement la Jordanie, la Syrie, l'Iran, l'Egypte, le Liban, la Turquie, en plus de quelques Etats du Golfe. Ron Redmond, porte-parole du HCR indique que le nombre total de déplacés en Irak avoisine les 2 millions, mais qu’ « apporter de l'aide à un grand nombre d'entre eux est extrêmement difficile en raison de l'insécurité dans une grande partie du pays. La plupart des Irakiens qui ont fui leur pays vivent dans des zones urbaines en Syrie et en Jordanie. Beaucoup d'entre eux sont à court d'argent et ont de plus en plus de mal à survivre. » Le gouvernement irakien, pour sa part, a indiqué que 30.000 familles qui avaient quitté l’Irak étaient rentrées dans leur foyer en 2007, ce que le HCR n’a pas été en mesure de confirmer. Les fonds demandés par le HCR devraient être alloués à la scolarisation de 100 000 jeunes Irakiens, ainsi qu’au soutien financier des familles les plus gravement démunies.
En plus des ressortissants irakiens, le HCR a en charge 41.000 réfugiés iraniens ou turcs et 13.000 Palestiniens vivant en Irak dans des conditions très difficiles.
Cependant, les « progrès politiques en Irak » ont été salués par Condoleezza Rice, lors d’une visite inattendue dans ce pays, à la mi-janvier. La Secrétaire d'Etat américaine a notamment salué le vote, le 12 janvier, d’une loi permettant aux anciens baathistes d’exercer à nouveau des fonctions publiques, civiles et militaires : « Cette loi constitue clairement un pas en avant vers la réconciliation nationale, c'est clairement un pas en avant dans le processus de cicatrisation des plaies du passé ». Quant à George Bush, qui se trouvait en tournée dans le Golfe il a parlé d’un « pas important vers la réconciliation. C'est un signe important que les dirigeants de ce pays doivent collaborer pour satisfaire les aspirations des Irakiens ».
Après la chute du régime et le vote de la résolution de l’ONU qui avait fait des Etats-Unis une puissance occupante, l’Autorité provisoire de la Coalition, dirigée par Paul Bremer, avait voulu « débaathiser »l’Etat irakien, en radiant les baathistes de la fonction publique et de l’armée, ce qui avait eu pour effet d’alimenter et de renforcer les effectifs de l’insurrection sunnite, en privant d’emploi des centaines de milliers d’Irakiens. Revenus de cette politique, les Etat-Unis ont pressé pendant plusieurs mois le Premier ministre Nouri al-Maliki de faire adopter cette « loi de réhabilitation »
143 parlementaires présents sur 275 ont donc voté à l’unanimité cette « Loi sur la Justice et la Transparence », dont le texte avait déjà été rédigé des mois auparavant. Falah Hassan Chanchal, chef du comité parlementaire de « débaathification » l’a ainsi présentée : « Cette loi donne à des membres du cercle de décision du Baath n'ayant pas commis de crimes le droit à une pension de retraite et aux autres la possibilité de réintégrer" la fonction publique, sauf certains postes de direction » (AFP). Par contre, les anciens membres reconnus coupables de crimes seront jugés et condamnés, tandis que des tribunaux spéciaux, pour dédommager les victimes du Baath, seront instaurés, à la demande des chiites. Quant au « Conseil sur la justice et la transparence » qui doit être formé, il aura pour tâche de combattre l’idéologie du Baas dans les mentalités et la vie publique et politique.
Mais cette loi ne fait pas l’unanimité parmi les anciens baathistes, dont certains craignent que des accusations et des procès de « victimes » ne soient en fait que des actes de vengeance personnelle dirigés contre eux, même s’ils avaient été contraints d’adhérer au Parti pour trouver ou garder leur emploi.
La réconciliation des chiites et des sunnites se négocie également au niveau gouvernemental. Le Front de la concorde, le principal parti sunnite, qui avait quitté le gouvernement d’Al-Maliki, s’est dit « prêt à le réintégrer sous certaines conditions », notamment une plus grande représentation des sunnites au sein du pouvoir, qu’il soit politique ou militaire, et libération de prisonniers.
De son côté, l’armée américaine pointe la responsabilité de l’Iran et de la Syrie dans la guerre civile. Les Etats-Unis ont accusé nommément le général iranien Ahmed Foruzandeh, de la force Al-Qods, une unité d'élite du corps des Gardiens de la révolution iraniens, de « diriger des opérations terroristes » contre les forces américaines et d'être à l’origine d’assassinats de personnalités irakiennes et l’ont sanctionné, ainsi que la chaîne de télévision Al Zaoura et trois Irakiens, vivant en Syrie. Ces sanctions comprennent l'interdiction de toute transaction entre ceux qui en font l'objet et des ressortissants américains, ainsi que le gel de tous leurs avoirs qui relèveraient de l'autorité judiciaire des Etats-Unis.
Selon Stuart Levey, sous-secrétaire au Trésor pour le terrorisme et les renseignements financiers, « L'Iran et la Syrie alimentent les violences et les destructions en Irak. L'Iran entraîne, finance et arme des groupes extrémistes chiites violents, tandis que la Syrie donne refuge à des insurgés et à des bailleurs de fonds sunnites. L'initiative d'aujourd'hui met en lumière l'action meurtrière de ces individus, et nous engageons la communauté internationale à agir à nos côtés pour les isoler de l'économie internationale. ».

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