Coup de projo sur : la zawiya Hilaliyah d'Alep


La zawiya Hilaliya est une branche alépine de la Qadiriyya, fondée en 1680 à Alep, dans le quartier Djalloum, par le cheikh Hilal Rami Hamdani. A l'époque de l'enregistrement (je ne sais si c'est toujours le cas) la zawiya était dirigée par le cheikh Jamal al-Dîn al-Hilalî, son descendant. Et naturellement, tous les vendredi, il y a dhikr... L'enregistrement n'est cependant pas un semâ "live" car c'est une prestation qui a été donnée à la Maison des cultures du monde en 2001 et le cheikh n'a pas fait le voyage. C'est le munshîd Muhammad Hakim qui dirige cette "reconstitution" théâtrale d'un dhikr, ce qui explique peut-être pourquoi ils sont plus calmes que leurs cousins kurdes de Sine.
Il faut souligner que la beauté de ces chanteurs alépins est portée aussi par une très belle poésie. L'ouverture loue Dieu, le prophète, et invoque le secours des grands fondateurs d'ordres soufi, dont bien sûr Ahmad al-Jilanî, le fondateur des Qadirî :
"...Les Jilanî m'apportent le réconfort, dans la misère et l'affliction,
Pars et vagabonde, grise-toi d'amour,
Et contemple le pouvoir et la gloire du Sublime,
Ô colombes, des dunes stériles à la verte vallée de 'Aqiq,
Vos roucoulement se changent en lamentations.
Êtes-vous comme moi abandonné par l'ami sincère ?"
La deuxième partie, Rakza, est accompagnée des tambourins (daf). Après une qasidah, en muwashhah un poème du fameux poète et grammairien syrien Abû 'Alâ al-Maarî (973-1057, auteur de l'épitre du Pardon, racontant un voyage au Paradis dont on dit parfois qu'il aurait pu inspirer Dante) :
"A la tombée de la nuit, mon désir devient insensé,
Plus fébrile à chaque battement de coeur.
L'eau de mon pays est la plus pure,
Mais il est vrai qu'il est aussi des liqueurs bien douces."
La troisième partie est le musaddar (moment où les soufis se balancent du buste et de la tête non pour se donner le mal de mer mais pour faire descendre sur eux le hâl d'extase) :
"...Qui est à l'origine de toute chose, sinon Muhammad ?
Combien de pleines lunes lui ont emprunté son éclat et sa lumière ?
Oui, il est l'astre pôlaire qui brille au firmament du devoir,
L'étoile qui contient toutes les créatures.
Par Dieu, toi le caravanier dont le chant encourage
Les chameaux porteurs de palanquins,
Pitié pour l'amoureux transi.
Ma nostalgie s'est nourrie du chagrin
Causé par l'amour de Taha le bienheureux..."
Après le Maqsûm, vient at-Taraqî, l'ascension, as-Sawî (encore avec les daf) et puis le bouillonnement khummarî, le moment le plus intense ; et puis dandana, la retombée, fin du dhikr et shahada, profession de foi.
"... Entre dans le jardin, ô compagnon,
Près de la chaire du prédicateur.
Ecoute ces mélodies merveilleuses comme de l'ambre, ces paroles éloquentes.
Nous nous tournames vers le guide, celui qui dissipe l'obscurité.
Ô habitants de l'oasis, je n'en peux plus de l'impatience
De vous revoir?
Soyez généreux, accordez votre grâce à l'amoureux transi."
(Notice Arwad Esber et traduction des poèmes Hiam Hammoui).

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