Peu à peu, ça rentre...

... mais ça reste laborieux. Ainsi on peut constater dans la dernière dépêche AFP rapportant la manifestation des Yézidis à Strasbourg, que sans doute perplexes devant les différentes infos glanées ça et là sur les yézidis, le rapporteur se contente d'aligner des bribes de version, bout à bout, sans se soucier de leur contradiction.

Ainsi, on commence comme ça :

"La communauté yézidie est une minorité religieuse de langue kurde installée dans le nord de l'Irak, qui considère le diable comme le chef des anges."

Pour enchaîner tout de suite par :

"Les fidèles de cette religion ésotérique, créée au XIIe siècle par cheikh Adi ben Moussafir (né à Damas et mort en 1160 à Lalish, au Kurdistan), vénèrent principalement Malak Taus, qui dirige les archanges et est souvent représenté par un paon."

Ce qui fait qu'à ce stade, le lecteur plein de bonne volonté et décidé à comprendre doit se demander ce que vient faire cette histoire de paon et d'archanges dans une religion satanique.

L'explication finale vient très vite :

"Chrétiens et musulmans identifient, eux, Malak Taus à Lucifer ou Satan, suscitant une croyance populaire qui fait des yézidis des "adorateurs du diable", bien qu'il leur soit interdit de prononcer le mot "diable"."

Donc si on replace tout ça dans le bon ordre, il faudrait relire : Les fidèles de cette religion ésotérique, créée au XIIe siècle par cheikh Adi ben Moussafir (né à Damas et mort en 1160 à Lalish, au Kurdistan), vénèrent principalement Malak Taus, qui dirige les archanges et est souvent représenté par un paon, MAIS chrétiens et musulmans identifient, eux, Malak Taus à Lucifer ou Satan, suscitant une croyance populaire qui fait des yézidis des "adorateurs du diable", bien qu'il leur soit interdit de prononcer le mot "diable".

Cela dit, quelques rectifs :
C'est Shaytan qu'il ne leur est pas permis de prononcer, pas "diable". Je ne pense pas qu'il aient de taboo particuliers à parler des diw ou démons iraniens...

Quant à Cheikh Adi ibn Musafir il est né à Bayt far, près de Baalbek, dans l'actuel Liban donc. Et la date de sa mort se situe plutôt à partir de 1162 ou un peu plus tard. Par contre, Lalish se trouve bien au Kurdistan, on félicite bien fort l'AFP.

Commentaires

  1. bah, si on compte sur l'AFP pour la précision, on est mal...

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