Hewlêr-Roissy


Avant-dernier jour à Hewlêr, rencontre au Sheraton avec Bahman Ghobadi et Shahram Adili, un autre Kurde d'Iran, de Sine, et qui fait aussi du cinéma en plus de peindre des portraits d'enfants. Très sympas tous les deux, intéressants et décontractés, les Kurdes d'Iran, comme les Iraniens en général sauf les vrais bigots religieux mais ils ne sont pas les plus nombreux sont les plus libres d'esprit, de moeurs, et les plus cultivés. Si un jour je mets les pieds en Iran, je suis pas sûre de rentrer, je dois dire.

Après un dernier repas au Sheraton (c'est-à-dire qu'on s'est gavé des mythiques et succulentes ailes de poulets grillées du Sheraton), on débarque chez un avocat où Ahmet grognait et insistaient pour qu'on les rejoigne. Cet avocat était celui des Kurdes contre Saddam et raconte certaines choses, notamment que le calme de Saddam au moment de son exécution était dû aussi à deux injections de morphine juste avant, ce que j'ignorais. Roxane se fout de moi en me disant que tout le monde le savait. J'ai pas du me passionner assez pour cette exécution, mais ce qui me frappe c'est l'absence de haine ou de vengeance dans les propos de la partie civile (au moins kurde) et une espèce d'ironie amère plus que de ressentiment sur le délire du Baath et de l'Iraq passés. Il nous régale d'un très bon vin qui s'avère etre un Merlot moldave. Du coup, ravi de mon intérêt sur ce qu'il raconte, et aussi de mon kurde (comme il est d'Amedi on se comprend très bien) il me donne un mémoire en arabe hélas sur l'Anfal et une carte de l'Anfal très utile... ainsi qu'une bouteille de vin modave. Rentrer en France avec m'amuse.


Le lendemain, retour à l'aéroport, hélas. La gentillesse du personnel là-bas m'enchante toujours. SI on avait cette gentillesse et ces sourires, non pas figés et commerciaux à Roissy... Les contrôles sont comme toujours très soignés, très stricts (pas moins de trois), ouverture des bagages, mais rien de méchant. Sauf qu'ils tombent sur ma baguette magique fétiche et se demandent ce que c'est. J'explique (déjà en kurde ça les étonne) que c'est euh... un talisman... euh... je cherche le bon mot, magique ça ne va rien leur dire... "Baraka !" "Aaah... baraka..." La femme à côté me demande "Masa'î yî ?" "Tu es chrétienne ?" Euh, je ne peux leur dire que seul un évêque chaldéen à Zakho sait ce que je suis, et encore s'il s'en souvient. "Hindik" (un peu) et cette réponse les fait rire. Ils insistent, pas du tout inquisiteurs mais curieux : "Ashurî ?" Et là je comprends d'un coup, pour eux chrétien c'est assyro-chaldéen. Enfin une chrétienne qui parle kurde ne peut être que ça. "Non je suis française, j'ai appris le kurde." "Eslê te ferensî ye ?" (esl = racines, origine, lignée, race si le mot aujourd'hui n'était pas mal connoté en occident). "Oui, cent pour cent." Et là bien sûr, les mêmes questions où je l'ai appris, etc. Et comment je m'appelle ? Sandrine ? ça veut dire quoi. Et rebelote l'étymologie Alexandre-Alexandrine-version courte. Le policier me regarde de plus en plus content : "Reviens vite au Kurdistan !" me conseille -t-il comme la seule décision sage possible. Je souris et fait un geste fataliste (et plein d'espoir ?) "Dilê min dixwaze vebigerîne".


Ensuite atterrissage à Vienne, moins drôle. Leurs mesures de sécrité sont débiles. Une pétasse keuf avec une tete reveche à souhait ouvre mon sac prend les deux bouteilles d'eaux et me les balance à la poubelle, alors que je les avais acheté en zone internatinale à Hewlper, connasse. D'ailleurs, le fait que de l'aéroport de Hewlêr deux policiers AUTRICHIENS vérifient là-bas les passeports des voyageurs une fois tous les contrôles kurdes passés nous scnadalisent. Ils se croient où ? Et si les Kurdes leur envoyaient de même des policiers à Vienne ? Les contrôles de l'aérport à Hewlêr sont très sérieux et censés, pas du tout j'applique connement le règlement. Du coup cette greluche oublie de remettre mon keffieh dans le sac ce dont je m'aperçois en avion. Finalement les hôtesses font une annonce pour un "châle" laissé au contrôle e tune paire de lunettes (qui n'est pas la mienne) comme quoi ils oublient de remettre en place plein d'objets et laissent passer des choses à priori plus dangereuses que deux bouteilles de flotte : ma crème solaire par exemple, qui a la consistance et l'aspect d'un gel transparent. Donc, si vous voulez faire sauter un avion, c'est simple : mettre l'explosif dans ses sacs (ils n'ont même pas regardé le sac plombé pour les pellicules de Roxane) et munissez-vous de deux petites bouteilles d'eau, comme ça, à condition de crever de soif dans l'avion, vous pourrez tout faire exploser tranquillement.


Paris, où l'on nous annonce 11°. Magnifique. 30° d'écart. Mais pourquoi suis-je rentrée ?

Et ce matin en plus je me rends compte que je me suis trompée de valise, car un bagage extrêmement semblable au mien est arrivé en même temps que nos bagages. Le service objets trouvés de Roissy indisponible par tel bien sûr, la saga continue... Normalement une baguette magique, ça porte chance, non ?
Donc la personne en provenance du vol d'Erbil d'hier qui a paumé son bagage peut me contacter et se rassurer c'est moi qui l'aie...

Commentaires

  1. Toutes les bonnes choses ont une fin!Mais ne vous inquiétez pas,on va pas tarder à les atteindre les 30/35 degrès.

    Bien(re)venue parmi nous!

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  2. Oh la la, je pensais qu'il vous restait encore deux jours.
    Je compatis, vraiment.

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