La gloire de Pûr-e Pesheng

Shams ad-Dîn Pashang ibn Yûssuf Shâh, prince de la dynastie des Grands Lurs Fadlaway, fut atabeg du Luristan de 1356 à 1389 ou 757-792 H. Il succéda à son oncle paternel, qui répondait au joli nom de Nûr al-Ward, soit Lumière de la Rose et perdit sa principauté quand elle fut conquise par le Mozaffaride Mobarez ad-Dîn, lors de sa troisième grande campagne qui lui soumit aussi Chiraz et Ispahan. Lumière de la Rose avait de plus épousé le parti du prince indjouide rival de Mobarez. Son neveu, Pashang ne commit pas la même erreur et se dépêcha de faire allégeance au Mozaffaride.
Dans son Histoire des princes kurdes, au chapitre des Grands Lours, Sharaf Khan de Bitlis ne mentionne même pas l'infortuné Nûr al-Ward dans la liste des souverains, se contentant de l'évoquer dans la brève notice qu'il consacre à Shams ad-Dîn Pashang :
"L'Atabag Pashang fils de Yussuf Shah :
Il fut investi de l'administration de ce pays après son oncle paternel et mourut après un règne de quelques années. A sa mort, son fils légitime l'atabeg Ahmad prit la couronne et devint son successeur. Mais le Luristan fut ravagé et dévasté sous son règne. Son fils Abû Saïd gouverna quelques années après le décès de son père, et mourut ensuite."
Hormis cette notice, le prince Pashang avait peu de chance de passer à une grande postérité, sauf que le génial poète Hafez, fidèle partisan des Mozaffarides et de Shâh Shudjâ, le fils de Mobarez, a fait son éloge, sans doute lors de son avènement, et lui a ainsi dédié, sous le nom de Pûr-e Pesheng, le ghazal 382 (ou 390 selon les classifications) de son Dîwan :

"L'étendard de la fleur sultane a paru du côté du parterre !Ah Seigneur, bénie soit sa venue près du cyprès et de jasmin !
Cette royale installation fut bien à sa place, de sorte que maintenant chacun se met à sa place.
Annonce quelle heureuse issue connaît le sceau de Djamshîd, car grâce à lui le Nom suprême a rendu Satan impuissant.
Qu'à jamais cette maison soit prospère, car de la poussière à sa porte souffle à chaque instant un vent du Yémen au parfum de miséricorde !
La gloire de Pour-e Pashang et de son glaive conquérant du monde est l'objet du récit publique dans tous les Livres des rois.
La Roue céleste, cheval dressé au polo, fut domptée sous ta selle. Ô maître cavalier, tu entras si bien dans l'arène : frappe une balle !
Ton épée est l'eau courante aux rives de ton royaume. Plante l'arbre de justice, déracine les méchants !
Rien d'étonnant, alors, si sous le souffle de ton heureux caractère croît de la plaine d'Izadj la poche de musc du Khotan.
Ceux qui vivaient à l'écart attendent ta belle apparition. Plisse le bord de ta coiffure, relève le voile de ta face !
Je pris conseil auprès de la raison, elle répondit : "Hâfez, bois !" Echanson, donne du vin, suivant le conseiller de confiance !
Zéphyr, à la fête de l'atabek fais savoir à l'échanson qu'il m'accorde une gorgée de cette coupe pailletée d'or !"

Dîwan de Hâfez, Ghazal 382, trad. Charles-Henri de Fouchécour, ed. Verdier.

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